Le phare au milieu des terres…

 ou la légende de la Lanterne des morts de St Pierre d’Oléron

La Lanterne des mort (Oleron)
Bout à conte, conte à contre, veux-tu que je te raconte, un conte ?

Alors… Contre à contre, je te raconte…


Il y avait à peine deux ans que la lanterne était construite, quand Louis, le bedeau du village, chargé de l'allumer à l'heure des vêpres et de l'éteindre à l'heure des matines, s'aperçut que quelqu'un faisait son travail à sa place. Par crainte de perdre les avantages de cette fonction, il n'en parla à personne. Mais chaque jour il constatait que la lanterne s'allumait ou s'éteignait en dehors de sa présence dans l'édifice. Mais il ne vit jamais et ne sut jamais qui faisait son travail.
C'est à la veille de sa mort qu'il sentait proche, qu'il décida de se confesser auprès du curé de Saint-Denis d'Oléron de passage à St Pierre. Il avoua à ce brave Abbé Anselme, ancien camarade de classe, que pendant des années il avait été rémunéré pour un travail qu'il n'effectuait pas et qu'il n'avait jamais pu savoir qui le faisait à sa place. L'abbé Anselme vérifia le soir même les dires de notre bedeau et pu constater la véracité des propos de Louis. Au décès de celui-ci, il n'y eut aucun changement : la lanterne à l'heure des vêpres s'allumait,  à l'heure des matines  s'éteignait.  Le mystère restait entier.
L'abbé Anselme en parla à l'évêque de Saintes. Celui-ci lui répondit que comme il n'y avait pas d'autres manifestations associées, il serait préférable de garder cette affaire secrète surtout qu'elle lui avait été révélée sous le secret de la confession par un mourant. L'abbé Anselme, pendant les années qui suivirent essaya mainte fois de percer le secret de la lanterne sans y parvenir. La seule information qu'il laissa à son successeur, le curé Nadreau,  au sujet de la lanterne fut une consigne :  il devait ne jamais oublier de recharger la lampe à huile,  toujours laisser une recharge d'huile, une mèche et un briquet en état de marche à côté de la lampe. Pour le reste, le préposé s'occuperait de l'allumage et de l'extinction de la lanterne.

Bout à conte, conte à contre, veux-tu que la suite je te raconte ?
Alors… écoute !  Contre à contre, je te raconte…

Ce fut à sa bonne Louise que cette tâche incomba. Elle n’était pas femme à  poser des questions. Elle ne chercha pas à connaître le préposé à la lanterne, elle se contenta de respecter consciencieusement les consignes de ce bon monsieur le curé de la même façon qu'elle vénérait les textes sacrés.
Les curés qui se succédèrent dans la paroisse ne furent jamais au courant. Et c'est de bonne de curé en bonne de curé que la tradition se perpétua : apporter recharge d'huile, mèche et briquet. Pendant longtemps aucune d'elles ne chercha à savoir qui utilisait ce matériel. C'était ainsi et cela avait toujours été ainsi.
C'est après cette période troublée par la révolution de 1789, le changement des mentalités, l'arrivée de ce que l'on allait appeler  le siècle des lumières,  que se produisit l'irréparable faute.
C'est une dénommée Henriette, un soir de veillée, qui la première en parla en public. Son anecdote fit rire tout le monde et son histoire fut mise aux mêmes rangs que les contes dit ce soir là. C'est seulement quelques années plus tard qu'Amédée et sa soeur Ozéline, deux enfants d’une dizaine d’années, très téméraires,  eurent l'idée de percer le secret de la Lanterne des morts.

Bout à conte, conte à contre, veux-tu que la suite je te raconte ?
Alors… écoute !  Contre à contre, je te raconte…

C’est par un soir de début novembre que nos deux jeunes gens, à la nuit tombante, purent constater que celle-ci s’allumait précisément au moment où la bonne du curé passait le petit portail du cimetière. (A l’époque la place de la lanterne des morts était le cimetière de St Pierre.)  Mais peut-être l’avait-elle allumée avant de sortir ?
Un autre soir nos deux drôles revinrent au cimetière, mieux placés cette fois-ci. Ils la virent monter à l’échelle jusqu’à la porte de la lanterne l’ouvrir et déposer un objet, refermer la porte, ranger l’échelle et rentrer chez elle. Et la lanterne encore une fois s’allumer seule ?
Persévérant, nos deux téméraires revinrent en pleine nuit pour être là au petit matin. C’est ainsi qu’ils percèrent le mystère de la lanterne. Ils surprirent le gnome qui venait l'éteindre. Effrayé par les deux enfants, il se sauva en courant , disparut si vite qu’ils en restèrent coi, se demandant s’ils n’avaient pas rêver. A partir de ce jour la lanterne n’éclaira plus le cimetière.
Bien des années plus tard quand l’électricité arriva sur l’île,  la lanterne reprit son service. Cette lanterne est un phare qui permet aux âmes d’oléronnais ayant trouvé la mort loin de chez eux, ou péris en mer,  de rentrer jusqu’à leur dernière demeure afin de trouver le repos éternel dans leur île.
 

Bout à conte et contre à conte, il y aura d’autre conte…

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